Conference
Logos et Art
Présidents: Gregory Nagy, Francis Jones Professor of Classical Greek Literature, Harvard University and Richard Martin, Antony and Isabelle Raubitschek Professor of Classics, Stanford University
Intervenants Principaux: Anton Bierl, Leslie Brubaker, Edith Hall, Christian Jacob, David Konstan, Marina Lambraki-Plaka, François-Bernard Mâche, Richard Martin (vice-président), Platon Mavromoustakos, Margaret Mullet
Intervenants: Masa Culumovic, Maria Del Pilar Fernandez Deaugustini, David Elmer, Nikos Xydakis
Que se cache-t-il derrière la force et la continuité remarquables de la culture hellénique? Nous retrouvons, dans les domaines étroitement liés de l’art visuel et de l’art verbal, des éléments récurrents identifiables sur près de trois millénaires. On peut déceler dans ces éléments à la fois la vigueur de l’expression et la profonde capacité d’innovation basée sur la tradition, propre à la civilisation grecque. Le panel de la session thématique « Logos et Art » (Discours et l’Art) cherche à réunir des experts issus d’un large éventail de disciplines afin d’examiner les forces durables et vitales qui continuent à donner un mouvement (animer) ce patrimoine culturel précieux.
La première forme de littérature grecque transcrite, que l’on trouve sous la forme de vers gravés sur des vases du VIIIème siècle avant JC, place au plan central le double thème du concours et du charme de la représentation théâtrale. « Parmi les danseurs, de celui qui exécutera les figures les plus gracieuses, je suis le prix » dit l’inscription du vase appelé Dipylon (aujourd’hui au Musée archéologique national d’Athènes). L’épigraphie figurant sur le vase retrouvé au sein ( ?) de l’importante colonie archaïque insulaire grecque de Pithekoussai (aujourd’hui Ischia), au large de l’Italie méridionale rappelle : ”Je suis la coupe de Nestor, faite pour bien boire ; Celui qui vide cette coupe, aussitôt le désir d’Aphrodite à la belle couronne le saisira. ” – un contraste habile entre les aristocrates qui boivent et leur protocole d’une part, et les traditions héroïques pour le roi légendaire de Pylos, d’autre part.
Dans les traditions grecques ultérieures de représentations théâtrales, l’esprit de compétition et le désir de plaire sont deux thèmes étroitement liés. Ils vont structurer les diverses productions littéraires, la plaidoirie, la musique et le chant, la présentation de compétences philosophiques ou médicales, l’athlétisme, ou même l’exécution de rites publics sous le regard des dieux (afin de leur plaire). Cette accentuation typiquement grecque de l’aspect concurrentiel ou agonistique de la culture explique, en grande partie, la capacité d’innovation rapide et la profusion des formes artistiques. Le conseil qui aurait été donné à Achille par son père (d’après la poésie homérique) – «“Toujours exceller” (αείν αριστεύειν) – marque pour les Grecs de tous les temps, non seulement un impératif de guerrier héroïque, mais également une approche de la vie plus générale dans ses nombreuses formes d’auto présentation publique.
Cette unité thématique a rassemblait des exemples des représentations les plus intéressantes produites par des artistes grecs en compétition de tous genres, à différentes époques, jusqu’au XXIème siècle. Nous sommes concentrés essentiellement sur Athènes, même si nous avons exposé également le point de vue de Byzance, à bien des égards la nouvelle Athènes du Moyen-Âge. Les contributions ont porté sur le festival athénien des Panathénées (et sur les fêtes panioniennes des Delia), sur l’expression de la mythologie dans l’exécution musicale, sur les spécificités des concours dramatiques du théâtre d’État athénien, sur la peinture sur vase et sur la conception contemporaine de la littérature grecque, parmi d’autres sujets. En résumé, nous avons souligné autant que possible les caractéristiques permanentes et uniques de l’art et du discours grecs, et nous avons apporté ainsi au débat et à l’analyse des réponses sur les liens réels et possibles avec la civilisation contemporaine.